
En Ligne Pour Ta Planète c'est fini ! Noël Mamère, Isabelle Autissier, Serge Orru, la banque HSBC, l'AFD... Durant cette 5ème édition, vous avez pu dialoguer en direct avec celles et ceux qui s'engagent pour la préservation de l'environnement. Retrouvez en ligne toutes les vidéos et les retranscriptions des chats, ainsi que les résultats du "baromètre du développement durable".
Cette 5ème édition est maintenant terminée, mais quand c'est fini, ça recommence
Rendez-vous du lundi 06 au mercredi 08 décembre pour la sixième édition d'En Ligne Pour Ta Planète
Revivez l'ensemble des chats de la semaine en consultant les transcripts et les vidéos en ligne.
Nicole Notat, fondatrice de Vigeo
« J'ai toujours été intéressée par l'environnement. J'ai d'abord eu un intérêt intellectuel, maintenant je veux passer à l'action. Tout cela en conservant l’indépendance qui est le propre de Vigéo ».
Bonjour, nous avons le plaisir de recevoir Nicole Notat, fondatrice de Vigeo.
Bonjour à toutes et à tous.
Caspe : Bonjour ! Je voudrais que vous nous présentiez votre entreprise et son travail, car j'avoue ne pas très bien la connaître du tout ! D'avance je vous remercie...
Vigeo ca sert à évaluer, mesurer le niveau d'engagement réel des entreprises sur une série d'objectifs en lien avec le développement durable. Il y a une dimension environnementale, sociale et économique. C'est sur ces critères que l'on mesure si l'entreprise est cohérente. Pour répondre à qui, je dirais que ces données, ces analyses, ces opinions sont destinés à des investisseurs, des gérants, qui considèrent qu'il y a un autre moyen de voir si les entreprises sont performantes en matière de développement durable. Nous faisons ces analyses pour plus de 800 entreprises. Les entreprises prennent conscience qu'il ne faut pas négliger ces questions. Elles souhaitent donc faire un audit, comme un zoom, et on va leur présenter la photographie de ce qu'on observe.
Pierrot : Bonjour Madame Notat. Passer du syndicalisme à la direction d'une entreprise c'est un changement radical ? Pourquoi avoir fait ce choix et pourquoi avoir choisi cette activité de notation ?
Ce n'est pas un changement si radical à mes yeux. Le métier du syndicalisme c'est de regarder et d'agir pour les salariés. Les questions environnementales sont une manière d'élargir ce que nous attendons des entreprises, savoir comment elles se comportent avec leurs fournisseurs, leurs clients... C'est un élargissement du champ syndical.
Felix : Y a t’il un élément particulier qui a déclenché chez vous l'intérêt pour l’environnement et sa protection ? De quand date cet engagement ? Merci
J'ai toujours été intéressée par l'environnement. J'ai eu d'abord un intérêt intellectuel, maintenant je veux passer à l'action.
jean charles : Vous avez participé au grenelle de l'environnement ?
Oui, pour faire avancer ces sujets tout d’abord. Non seulement j'ai participé, mais j'ai animé un groupe de travail. J’y ai également participé pour que la décision des pouvoirs puisse être la plus pertinente possible. Je crois que ce grenelle restera un événement exceptionnel en France mais aussi hors de France, il y a eu un très fort écho. C'est un événement qui a accéléré la prise conscience de tous les acteurs mais au delà de l'opinion publique.
jean charles : Quels sont les bons points concernant les entreprises issues de ce grenelle ?
Le grenelle a été le top départ de la prise de décision de nombreux secteurs… Pendant le grenelle, les entreprises se sont aussi prises au jeu de la proposition, de la discussion, de la recherche. Il y a eu une contribution honnête des entreprises. J'ai l'impression par contre qu'après le grenelle, les entreprises ont un peu mis le frein. Le grenelle était un lieu ou on cherchait des solutions pour généraliser la chose. Lors du grenelle on a par exemple beaucoup entendu les entreprises GDF EDF, Veolia…
antoine : Est-ce que les entreprises sont obligées de se soumettre à votre notation ? Ont-elles leur mot à dire ?
Non ! Quand il s'agit de faire savoir aux investisseurs ou aux financiers, l'entreprise est concernée car nous demandons des informations mais non n'avons pas besoin de son accord. Mais quand c'est un audit, par contre, oui elle a son mot à dire, puisqu'elle veut passer de la rhétorique à l'action. Nous avons plus de 150 missions à notre actif pour le moment.
Albert : Vos notations sont-elles publiques ? Peut-on les consulter et si oui, de quelle manière ? Merci.
Non elles ne sont pas publiques, nous ne donnons pas de note globale, mais plusieurs notes, elles sont la propriété de ceux qui vont s'en servir. Mais il nous arrive, parce que nous faisons des classements, de les faire connaitre, sur un critère par exemple. Les classements sectoriels ne sont pas non plus consultables par le public.
Frankfelix : Même si ce n'est pas public, vous publiez un palmarès régulièrement, si oui, vous pouvez me dire quelles sont les bonnes et les moins bonnes entreprises ?
On ne publie pas non plus de palmarès. Par exemple nous avons fait une étude avec la Halde sur le critère relatif aux discriminations, nous avons mis en évidence quels pays en Europe étaient en avance. Ce qui en ressort c’est que les pays du nord sont bien évidemment en avance, mais la France se situe plutôt bien dans ce classement.
Karen : Les notations Vigeo, c'est plus franco français, européen, mondial, quelle est la répartition des entreprises notées ?
Vigeo a un caractère européen à la base. Mais désormais, nous entamons des études sur l'Asie et sur les Etats Unis.
Charlotte : Combien de personnes employez-vous à Vigeo pour effectuer ces notations ? Quels sont leurs cursus avant d'arriver chez vous ?
Du coté des analystes, nous en avons 30 répartis sur 4 pays. Et pour l’audit, qui est un autre département de Vigeo, nous avons 17 auditeurs qui ne se consacrent qu'aux audits des entreprises. Les analystes que nous avons recrutés sont souvent des personnes qui démarrent dans leur carrière avec un bac +5. Les auditeurs sont plus seniors. Nous recrutons un peu en permanence, car nous avons une bonne croissance.
damien : Et par rapport à ces 4 pays, quel est le plus avancé en matière de développement durable ?
Je dois dire que la France n'est pas mal placée, la Belgique a aussi une forte sensibilité, en ce qui concerne l'Italie, c'est un sujet qui murit, et la très bonne surprise c'est le Maroc, l'activité connait un très bon développement sur ces critères.
youyou : Pensez-vous qu'un jour les notations environnement et société seront aussi importantes que les ratings financiers ?
Ca voudrait dire que nous aurions beaucoup progressé. C'est tout l'enjeu de la finance responsable.
Ce que j'observe c'est une amélioration pour cette démarche la, mais c'est encore un petit nombre d'acteurs.
liloo : Quel est le rapport entre social et environnement ?
Ce sont deux dimensions. On voit aussi que la dimension sociale propre existe. Cela englobe par exemple les questions de respect des droits de l'homme. Prenons par exemple des entreprises dont les systèmes de production sont très polluants, il est très important de traiter ces changements de manière environnementale mais aussi de manière sociale.
papa : Les agences de notations financières ont été très critiquées par leur manque de neutralité lors de la crise des subprimes, comment faites-vous pour être indépendants de vos clients ?
Notre indépendance est due à la composition du conseil d'administration. Nous avons aussi un conseil scientifique pour garantir notre indépendance.
airv2 : Comment faites vous pour lutter contre l’influence des principaux lobbies (pétroliers, financiers, politiques, agricoles…) ?
Nous ne sommes pas l'objet de lobbying. Ce qui a pu nous arriver, c'est qu’une entreprise soit mécontente des résultats, cela peut arriver. Nous avons un devoir de justifier notre notation.
Nous gardons notre pleine indépendance. L'audit c'est une fonction qui consiste à faire un scanner, quand il est terminé, nous ne faisons pas «l'ordonnance». Nous ne pouvons pas être celui qui évalue et qui conseille.
jean charles : L'intérêt du développement durable par les politiques est franc ? Ou bien ils en parlent parce que c'est tendance ou politiquement correct ?
Il y a tous les cas de figure, il y a encore quelques entreprises qui ne se sont pas intéressées à cet aspect, et d'autres qui l'ont très bien pris en compte, en communiquant par exemple et en montrant que cela traduit une intégration dans l'entreprise de ces objectifs. Ce serait trop simple si nous nous satisfaisions de leur déclaration de leurs valeurs, nous vérifions cela et nous cherchons des preuves.
Nous regardons si cela est décliné sur toute la chaîne.
Fabulous : Quel est le processus de notation des entreprises ?
Le processus, consiste avec une base de critère pertinents, à collecter de l'information auprès de l'entreprise et de tous ceux qui ont de l'information sur celle-ci afin de fonder notre opinion. Cette information va nous servir à évaluer la pertinence de l'action de l'entreprise et son efficacité.
damien : En gros, à quoi ressemble une de vos journées ? Vous arrivez dans les entreprises avec une armée d'inspecteurs ?
Je ne crois pas qu'on soit perçus comme des inspecteurs, nous sommes très attentifs à avoir un mode de déroulement de nos actions qui respectent des principes. Nous travaillons avec un comité de pilotage qui permet à la mission de s'organiser dans les meilleures conditions. Nous allons vers les bonnes personnes, les dirigeants mais aussi des parties prenantes des entreprises, pour avoir des résultats croisés.
juliette : Quels sont les secteurs qui sont le mieux notés en général ?
Je ne pourrais pas vous répondre, enfin d'une manière générale, ce que nous observons c'est que dans tous les secteurs il y a encore beaucoup de chemin à faire. Mais on remarque en général que les secteurs qui sont plus exposés à des controverses, des procès, sont ceux qui font le plus d’effort comme les pétroliers, le secteur de l’agroalimentaire, que ceux qui vivent à l'abri de l'opinion publique.
DeWissous : Il y a d'autres entreprises comme la votre ? Des concurrents français, européen, mondiaux ? Les normes ISO 9000, etc, ont elles quelque chose à voir avec votre activité ? La notation Vigeo peut-elle être un argument de communication pour une entreprise ? Merci
Oui nous avons des concurrents. Non il n'y a pas encore de norme ISO mais il y a des discussions autour de cela. Je suis favorable à tout ce qui peut aider les entreprises à comprendre ce qu'il y a derrière le concept de développement durable. Et enfin, oui il arrive que certaines entreprises publient leurs résultats.
chris : Que pensez vous de Renault que l'on vient de voir juste avant ? Ils en sont où dans votre classement ?
De mémoire, Renault, Carrefour, Axa, Danone ont déjà figuré dans un classement. Je ne l’ai pas amené avec moi, mais Renault n'a pas encore fait appel à Vigeo pour avoir un audit, contrairement à Danone ou Axa.
hulot : Et ce sont les entreprises qui vous payent pour qu'elles soient inspectées ? Quel est votre modèle économique ?
hulot : Vous êtes aidé par Bruxelles ?
milou : Et comment gagnez vous votre vie ? Uniquement par des subventions ?
Vigeo ne fonctionne pas avec des subventions. Nous vivons des rémunérations des entreprises ou des investisseurs. Ce ne sont pas les entreprises qui payent leurs analyses mais les financiers. Quand on est dans l'audit c'est l'entreprise qui paie la prestation.
peter : Comment avez-vous eu l'idée de fonder Vigeo ? C'est votre idée ? Aujourd’hui le succès est-il au rendez-vous ?
L'idée m'est venue de mon observation des entreprises. Aujourd'hui 5 ans après notre création, nous avons eu un résultat net positif.
airv2 : Comment, lorsque vous êtes en contact avec des entreprises de pays en voie de développement, les aider vous à ne pas faire les mêmes erreurs historiques que leurs aînés des pays développés ?
Ce que l'on regarde dans les preuves que l'on cherche dans les multinationales par exemple, c'est si elles vont participer à l'élévation du niveau de leur pays.
mimi : "La bourse" des émissions de CO2 entre entreprises est-elle une bonne chose et peut-on aller plus loin ?
De mon point de vue, c'est une initiative qui a permis de mobiliser les entreprises. Mais je ne pense pas que ce soit la seule solution.
Paul T. : ISR et RSE, vous pouvez expliciter un peu ces termes ?
ISR : Investissement Social Responsable. RSE : Responsabilité Sociale de l'Entreprise, cela concerne donc l'entreprise et sa prise en compte de ces objectifs dans sa stratégie.
marielle : Au bout de combien de temps verra t’on des ampoules basses conso, du papier recyclé et des voitures électriques dans toutes les entreprises ?
J'espère au plus vite, ainsi que chez chacun d'entre nous.
Merci beaucoup Nicole Notat, le mot de la fin ?
D'abord merci d'avoir manifesté votre intérêt, j'en suis ravie. J'espère que vous serez les vecteurs de ces concepts. A une prochaine fois…

