
En Ligne Pour Ta Planète c'est fini ! Noël Mamère, Isabelle Autissier, Serge Orru, la banque HSBC, l'AFD... Durant cette 5ème édition, vous avez pu dialoguer en direct avec celles et ceux qui s'engagent pour la préservation de l'environnement. Retrouvez en ligne toutes les vidéos et les retranscriptions des chats, ainsi que les résultats du "baromètre du développement durable".
Cette 5ème édition est maintenant terminée, mais quand c'est fini, ça recommence
Rendez-vous du lundi 06 au mercredi 08 décembre pour la sixième édition d'En Ligne Pour Ta Planète
Revivez l'ensemble des chats de la semaine en consultant les transcripts et les vidéos en ligne.

Christine Causse, océanographe
Revivez vos échanges en direct avec cette responsable de Nausicaa, le Centre national de la mer.

Bonjour à toutes et à tous. Pour le premier chat du jour, nous sommes en direct avec Christine Causse, océanographe et responsable de Nausicaa, le Centre national de la mer.
Bonjour. Je suis très contente d'être avec vous et de vous parler de l'océan car il est important et nous devons le préserver sur le long terme !
Hélène : Quelle est la mission de Nausicaa ?
C'est un aquarium, mais pas seulement car c'est aussi un centre ludique de loisirs, sur tout ce qui touche aux océans, un espace de sensibilisation et de connaissances de la planète bleue, du milieu marin ainsi que des démonstrations de la manière dont chacun peut agir.
Aliénor : Bonjour, amoureuse de la mer et étudiante en terminale scientifique, je me demandais quelles études faire pour devenir océanographe et en quoi consistait précisément ce métier ? Merci d'avance pour vos réponses.
Etre océanographe regroupe plusieurs spécialités : biologie marine, physique, etc. Il faut faire une première spécialisation à l'université : bio, physique, géologie... Puis se spécialiser dans le milieu marin. Vous pouvez aussi faire des études plus courtes comme des BTS, à Cherbourg par exemple. Il y a les métiers de la pêche aussi, l'aquaculture.
Vous trouverez de nombreuses informations à l'institut océanographique, rue Jean-Jacques, à Paris.
jeanne m : Comment êtes-vous devenu océanographe ?
Julia : Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ? C'était une vocation ?
Je voulais travailler dans un domaine ayant trait à la nature. A 15 ans, j'ai rencontré quelqu'un qui faisait des missions sur les bateaux. J'ai trouvé cela passionnant. L'océan recelait des richesses incroyables. J'ai donc fait des études de biologie puis je me suis spécialisée en biologie marine.
Ensuite, j'ai fait une formation de communication scientifique.
lisette : Y a-t-il beaucoup de femmes océanographes en France?
Oui, il y en a ! Je ne sais pas précisément combien elles sont, mais j'en connais.
L'océanographie, ce n'est pas toujours sur des bateaux, on travaille dans des laboratoires ou des bureaux. On a parfois des missions sur le terrain quand on est chercheur en océanographie.
framboise : Quel est selon vous le principal héritage de jacques Cousteau aux générations actuelles? Son message ne s'est-il pas altéré depuis son décès?
Marc : Pouvez-vous nous parler de votre expérience avec le commandant Cousteau ?
paul : Quel est votre souvenir le plus marquant de la période où vous faisiez partie de l'équipe Cousteau?
Il a donné à un public très large (il a fait une centaine de films) le goût de la découverte de la planète.
Il a fait découvrir la beauté et la complexité du monde sous-marin, avec « Le monde du silence ». Il a fait le lien entre l'homme et son environnement. Son message était : les gens protègent ceux qu'ils aiment. Aujourd'hui un océan en bonne santé, c'est un océan qui joue un rôle fondamental sur notre environnement. Je ne pense pas que son message se soit altéré, au contraire. L'expérience avec Jacques-Yves puis Jean-Michel a été fondamentale. Il savait parler de la planète, et c'était tellement enrichissant ! Mon travail, c'est de faire de la vulgarisation. On a travaillé sur des livres ensemble, pour les enfants notamment. C'était une vraie découverte de la planète pour moi.
Sinon, j'ai en effet un souvenir particulier : je suis partie avec Jean-Michel Cousteau sur des îles près de Seattle. Nous avons vu des orques magnifiques, avec les sommets enneigés derrière. C'était une vision incroyable de la beauté de la nature !
Guy : Aujourd'hui, y a t-il un nouveau Jacques Yves Cousteau ?
fedhia67 : Selon vous aujourd'hui qui est le meilleur "héritier" du Commandant Cousteau? Celui qui porte le mieux son message?
Pour moi, il y en a beaucoup, des héritiers : ceux qui s'investissent dans leur travail scientifique, ceux qui font des films... Tout le monde a été influencé, en partie au moins. Ce sont des gens qui font des choses différentes et qui se complètent. Ainsi, l'océan continue à être présent dans nos vies.
Caustique : Comment se porte la biodiversité marine ? Hier, Hélène Leriche de la fondation Nicolas Hulot, expliquait que, d'une manière générale, les maillages de la biodiversité étaient en danger, et que le milieu marin était le centre névralgique de tout ce tissu. Qu'en pensez-vous ?
Baltique : Les océans sont-ils réellement en danger ? Lorsque l'on se baigne, ce ne sont pas des choses que l'on voit. N'est-ce pas le fantasme de quelques scientifiques illuminés ? La terre se portait très bien avant ....
La biodiversité marine, on la connaît encore très mal. Un programme essaie de recenser les espèces, ils en sont à 230 000 identifiées. Il y en aurait entre 1 et 10 millions. On ne sait encore presque rien !
Nous savons que 30% des espèces des sélaciens (requins et raies) sont menacées. Un des écosystèmes les plus riches, ce sont les récifs coralliens. 20% sont morts et 40% sont menacés.
Ces récifs sont l'équivalent de la forêt tropicale sur terre en biodiversité.
Pour les espèces commerciales de poisson, la FAO estime que 80% des stocks sont surexploités ou à la limite de l'exploitation maximum.
La biodiversité, c'est le garant de la bonne santé de l'océan. Plus l'océan sera riche en vies, plus il pourra résister à certaines choses comme le réchauffement climatique. Il faut savoir que le plancton marin produit la moitié de l'oxygène de l'air que l'on respire !
Toute cette vie dans l'océan est très importante.
Juop : Faut-il vraiment arrêter de manger du thon rouge ? Cette espèce est-elle vraiment en voie de disparition et pourquoi ?
Alice : On parle beaucoup en ce moment du thon rouge. On a beaucoup parlé à une époque des baleines, des phoques, des dauphins...Réellement, combien d'espèces marines sont menacées d'extinction en ce moment ? Qu'est ce qui est prévu pour les préserver? Et comment peut on agir au quotidien pour aider à les protéger (dons, boycotts de certains produits...) ?
Des organisations sont chargées de la régulation de la pêche au thon. En 2007, ils ont adopté un plan de protection du thon rouge. Dans chaque région, des mesures différentes sont prises. En méditerranée, les quotas ont été diminués par exemple. Ces mesures sont, pour certains, insuffisantes alors que pour d'autres (pêcheurs), elles sont excessives. L'enjeu économique est très important.
La création de réseaux d'aires marines protégées, c'est une mesure importante. Il y en a, mais ce n’est pas assez. Ce qui est également important, c'est de préserver les milieux marins dans leur globalité et non pas seulement une espèce en particulier ! Car les espèces souffrent vraiment de la dégradation des milieux.
Aujourd'hui, il faut avoir globalement un mode de vie durable car il a été démontré que 80% de la pollution vient de la terre, transportée par les rivières, l'atmosphère...
Tout ce qui accentue le réchauffement du climat a des conséquences sur l'océan, il faut donc faire des efforts dans son mode de vie. Par exemple, on peut avoir une consommation durable. A Nausicaa, nous avons dressé une liste de poissons dont les espèces ne sont pas menacées, c'est la campagne « Mister Goodfish », vous trouverez les informations sur notre site : www.nausicaa.fr.
Il y a un autre niveau d'action, c'est le soutien à ceux qui agissent pour l’océan, en participant à leurs actions.
Lucie : On ne va quand même pas arrêter de consommer du poisson...On nous dit que la viande c'est mauvais pour la santé...il faut bien se nourrir !
Je vous renvoie vers la consommation durable des produits de la mer. Vous aurez des informations sur toutes les espèces que vous pouvez consommer. Vous pouvez aussi consommer du poisson qui n’a pas été pêché trop loin et n’a pas beaucoup voyagé. Aimer le poisson, c'est très bien, il faut simplement bien le choisir, bien le consommer.
léo : Les raies comme les requins, contrairement aux phoques ou aux dauphins, n'ont pas un capital sympathie très important...comment sensibiliser malgré tout (notamment les enfants) à la nécessité de les protéger ?
léo : Que diriez-vous aux enfants citadins pour les sensibiliser à l'importance de l'océan et à la nécessité de le préserver ?
Pour les requins, ils jouent un rôle important, ils sont au sommet des chaînes alimentaires. Ils ont de ce fait un rôle de régulateur. Certaines espèces de poissons ne pourraient proliférer sans eux, pourtant, les requins sont menacés. Une grosse partie de la pêche est faite juste pour les ailerons que l'on récupère puis l’on rejette le corps de l'animal à l'eau. C'est une pêche destructrice !
Je pense qu'il faut faire prendre conscience aux enfants que tous les hommes ont un lien à la mer.
Les enfants vont souvent à la mer l'été, c'est une façon de les sensibiliser. Ils sont aussi les bienvenus Nausicaa ;-)
Paris : Vous arrive-t-il de partir régulièrement naviguer sur les océans ? Quel est votre prochain voyage et quel en le but ? D'avance merci...
valia : Vous avez dû faire le tour du monde avec ce métier, non? :-)
Je suis partie assez peu. Finalement, j’ai beaucoup travaillé dans les bureaux. Je suis partie aux îles Caïman, en Islande… Avec Nausicaa, j'ai aussi fait un voyage à Madagascar. On prépare actuellement une exposition sur les îles. Ce sera l'occasion d'aller rencontrer sur place des gens et recueillir leur témoignage.
Kimo : Pensez-vous comme d'autres que la catastrophe au large de la Louisiane aurait pu être évitée ?
Alice : Après l'explosion de sa plateforme, BP s'engage à nettoyer la marée noire et à verser aux victimes des dommages et intérêts. Comme si c'était suffisant, alors qu'ils ont ignoré tous les signes annonciateurs de cette catastrophe qui aurait tout a fait pu être évitée...Qu'est ce que ça vous inspire, un tel mépris de la vie, terrestre comme marine ?
A Nausicaa, nous avons sorti un livre sur les abysses. On parle de l'extraction de pétrole en profondeur comme d'une activité à risque. Les moyens d'intervenir auraient dû être prévus ! Le problème, c’est qu’il y a des activités humaines même dans des endroits très inaccessibles. Il faut que cette marée noire soit l'occasion d'une prise de conscience ! De plus, avec cette marée noire, l'impact est visible, on comprend tout de suite les conséquences. Le réchauffement des eaux, l'augmentation de son acidité ce n'est pas visible…mais il faut quand même parvenir à alerter les autorités et les organisations concernées !
Alain : Avec l'approche des tempêtes tropicales dans le golfe du Mexique et la pollution pétrolière dramatique qui s'y déroule, ne craigniez-vous pas que 2010 ne soit l'année de la plus grande catastrophe écologique de tous les temps plutôt que celle de la biodiversité ?
En mai, à l'Unesco, il y avait la conférence globale sur les océans. Trois axes sont prioritaires pour les océans :
- Le lien avec le climat,
- la biodiversité,
- les gouvernances dans les eaux internationales.
Il y a très peu de législation dans certaines zones et il faut y remédier !
Une gestion des océans générale et une mise en place d'une exploitation durable, équitable, ça c'est une urgence, c'est une priorité !
Jerem : Quand est-ce que les océans vont engloutir Venise? Merci
Pour Venise, avec le réchauffement du climat, il y a une élévation du niveau moyen des océans qui ne se déroule pas de la même façon partout. Donc je n'ai pas réponse précise à vous apporter.
Lucie : Pour reprendre un peu espoir, pouvez-vous nous parler des sites préservés où la mer se porte bien (par exemple, la réserve de Scandola en Corse) ?
On constate que lorsque l'on fait des aires marines protégées, la vie marine revient ! Et ce dans la zone protégée, mais aussi autour car nous constatons un repeuplement des eaux aux alentours.
Le mot de la fin ?
Je vous remercie pour vos questions. C’est important de s'informer et de chercher à mieux connaître l'océan et la manière dont il fonctionne. Cela permet de mieux comprendre et du coup d'agir de manière plus efficace ! A bientôt.

