http://www.fao.org/index_fr.htm
Mercredi 28 à 11h00

Luc Guyau, Président du Conseil de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
Crise alimentaire : quelles révolutions vertes ?

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Après plusieurs expériences locales, Luc Guyau accède à la Présidence de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) de 1992 à 2001, et devient Président du COPA (Comité des Organisations Professionnelles Agricoles de l’Union Européenne) de 1997 à 1999, ou encore Vice-président de la Chambre Régionale des Pays de la Loire, de 1995 à 2010. Luc Guyau est également Vice-président du Conseil d’Administration d’AgroParisTech, et s’engage pour une agriculture fondée sur l'équilibre entre les hommes, les produits et les territoires en tant que Président et cofondateur du Prix « TerrEthique », et de l’association du même nom. C’est suite à ces divers engagements qu’il est choisi en 2009 par le gouvernement français pour postuler à la Présidence de la FAO, fonction pour laquelle il est élu le 24 novembre 2009. Posez lui toutes vos questions en direct.
 

Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue sur En Ligne Pour Ta Planète en direct d'Evian à l'occasion de la Global Conference. Nous avons le plaisir d'accueillir Luc Guyau, FAO.
Luc Guyau : Bonjour

Simon : Quel a été votre parcours professionnel depuis la FNSEA ? Nous n'entendions plus parler de vous ?
Luc Guyau : On entendait parler beaucoup de moi à la FNSEA. Après j'ai été pendant 9 ans président des chambres d'agriculture.

thom : Quel est votre rôle au sein de la FAO ?
Luc Guyau : J'ai été présenté par le gouvernement français, et j'ai été élu par les 191 membres. Je me suis affronté à un anglais, c'était une dure campagne électorale. J'assure la gouvernance. Tous les 2 ans on organise une conférence. Entre les conférences, pendant 2 ans, le président doit animer les pays, et aider à la mise en place des objectifs définis pendant la conférence. J'ai le rôle de gérer la relation avec la société civile, la relation entre les membres, etc.

micka : Pourquoi êtes vous à Evian ? En quoi ce genre de rendez-vous est important pour vous ???
Luc Guyau : Dans ma mission je dois mettre tout en œuvre pour expliquer au mieux ce qu'est la FAO, et de permettre l'intégration de la problématique de l'alimentation dans la durabilité. J'ai toujours été imprégné dans toute cette dimension internationale. Je suis là pour transmettre les messages, et j'interviens tout à l'heure sur la problématique de l'alimentaire.

EchoB : Bonjour Monsieur Guyau, quelle est la position de la FAO sur les OGM et l'agriculture biologique ?
Luc Guyau : L'agriculture biologique ne peut pas nourrir à elle seule le monde, mais elle a un rôle essentiel dans l'avenir de l'alimentation de la planète. Elle a sa place dans la maitrise de l'agriculture, de l'alimentation en lien avec le DD. Il est clair que nous ne pouvons plus avoir le même développement agricole dans les années à venir. Pour les OGM c'est plus compliqué. Le terme OGM est très galvaudé, j'utilise plutôt les biotechnologies. A la FAO c'est difficile d'avoir une position, car les pays ne sont pas très d'accord. On est dans une situation très diverse, donc nous évitons de parler des OGM à la FAO, on préfère juste dire que les biotechnologies sont importantes. La recherche privée des entreprises a pris le dessus. On est contre la culture des OGM en Europe, et pourtant on en mange tout le temps. C'est un débat très difficile, il faut calmer le jeu.

thom : Sur la question de la crise alimentaire, quelles sont les situations les plus critiques actuellement dans le monde ?
Luc Guyau : On a environ 1 milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim : Afrique, Asie, Océanie. La corne de l'Afrique cumule un manque de gouvernance, la sécheresse, le manque d'investissement, la guerre. Ils sont dans une situation catastrophique. Nous avons à la FAO alerté de cette situation depuis plus d'un an. Au Pakistan également la situation est très difficile. Il y a eu des inondations très fortes cette année. A l'intérieur de l'Afrique il y a aussi de nombreuses situations particulières. L'Amérique latine, allait beaucoup mieux, le développement a été assez harmonieux. La FAO est intergouvernementale, mais on ne peut pas imposer.

Frère_Emmanuel : Les agriculteurs sont une espèce en voie de disparition dans nombre de pays qui pourtant offrent l'essentiel de la production agricole mondiale, ne court-on pas vers une catastrophe globale ??
Luc Guyau : On ne peut pas contraindre les pays, on ne peut que les accompagner. Autre sujet, le débat sur le foncier. On est en train de mettre en place un code de déontologie pour respecter les populations en place. Il faut que chacun des pays le transmette dans son droit, tant que ce n'est pas fait, on ne peut pas l'appliquer. Il y a une limite entre l'incitation et l'application.

mattéo : L'agriculture paysanne a-t-elle encore un véritable avenir dans les pays 'développés' ? Ne privilégie-t-on pas plutôt une agriculture industrielle visant à réduire les coûts de production au détriment de la qualité ?
Luc Guyau : Pour les pays en développement, il est essentiel de redonner la fierté et les moyens d'exister aux populations. Il faut approvisionner les marchés. Il faudra développer des jardins familiaux, etc. Pour les pays développés, oui il y a de la place. Aujourd'hui les moyens mis en œuvre permettent un certain nombre d'équipements.

Eleanor Rigby : L'invité précédent proposait le concept des fermes sur le toit comme réponse à la crise alimentaire actuelle. Que pensez-vous de cette suggestion ? Quelles sont les vôtres ?
Luc Guyau : Je trouve que c'est une bonne idée. Ce ne sera pas la solution mais un début de solution. Mais si du même coup on peut isoler, conserver la chaleur, produire des légumes... je trouve ça très bien. En Haïti notre première suggestion a été de remettre en place les jardins familiaux. Je pense que c'est une solution qui peut permettre de développer tout cela. Cela permet de bien mettre en relation l'agriculture et l'alimentation, et cela permet aux gens de bien comprendre que ce ne sont pas les grandes surfaces qui produisent lait, légumes, fruits, etc. Cela permet d'éviter la négation même du rôle de l'agriculteur.

system : Et que signifiera un code de déontologie non respecté? Quels sont vos moyens d'agir sur un gouvernement chinois qui n'en a que faire que de réquisitionner et déplacer ses agriculteurs ? Merci de me répondre !
Luc Guyau : Les Chinois ne déplacent pas que leurs agriculteurs, c'est un déplacement permanent. C'est normal que la Chine se préoccupe de l'alimentation de la population pour les années à venir. Ils investissent dans des terres. Un contrat est signé entre la Chine et le pays qui accueille. Nous, nous essayons de sensibiliser les gens, et souhaitons aider les pays à faire ces contrats en respectant des règles bien définies. On veut y intégrer du droit de l'homme. Nos relations avec l'ONU sont indispensables, car le but est d'éviter d'enfreindre les droits de l'homme. Il faut que les pays aient conscience qu'il faut bien régler les choses, grâce à un bon contrat. Avec la Chine c'est particulier, car la croissance massive de la Chine fait qu'ils sont très dynamiques quand un pays leur demande de donner un coup de main.

Merci beaucoup Luc Guyau, le mot de la fin ?
Luc Guyau : Je vous remercie.